Suite à notre participation aux travaux préparatoires de ce projet, l’apé a réalisé au mois de septembre une réponse aux premières propositions de Mme Lyon, dans lesquelles nous réaffirmons les éléments auxquels nous tenons.
Rappelons que pour notre association, si l’école n’a pas pour mission d’amener tous les élèves au seuil de tous les métiers, elle doit toutefois permettre, à terme, à chaque enfant de trouver sa place dans la société, c’est la conjugaison de l’équité et de la performance du système qui est en jeu.
Les buts de l’école tels que décrits dans le document 6 sont donc en cohérence avec les valeurs et les attentes de notre association. Chaque élève doit être reconnu et encouragé dans ses potentiels.
Nous partageons la volonté de respect de la neutralité mais la libellerions différemment : « A l’école, les convictions religieuses, morales et politiques des élèves et de leurs parents sont respectées. L’enseignement est neutre politiquement et confessionnellement, le respect de cette neutralité confessionnelle est attendue de toute personne fréquentant l’école. » Il nous semble adéquat que le cours d’histoire biblique soit dès lors remplacé par un cours d’éthique et cultures religieuses.
Les droits des parents (doc.6) nous paraissent clairs - sauf peut-être la notion d’intérêt de l’enfant qui mériterait d’être affinée...
Concernant les devoirs parentaux, si nous reconnaissons le rôle et les compétences des enseignants, c’est à nos enfants de respecter leur autorité. Quant à eux, les parents respectent l’institution scolaire et ses représentants.
Concernant les droits des élèves, il nous semble que l’avis de l’enfant doit toujours être pris en compte (et pas « autant que possible »), car prendre un avis en compte donne à l’enfant le droit d’être entendu mais ne suppose pas nécessairement qu’il faille suivre son avis.
La place dévolue aux élèves dans l’école, par le biais notamment des conseils d’élèves, nous réjouit. Nos enfants feront ainsi un premier apprentissage de la citoyenneté, thème cher à l’apé. Ceci dit, pour que cette participation soit constructive et devienne une véritable force propositionnelle plutôt qu’un syndicat d’élèves, l’animation de ces conseils doit être soignée ; cela ne s’improvise pas...
Les aspects disciplinaires nous paraissent cohérents et nous encourageons l’école à recourir aussi souvent que possible à des mesures réparatrices, en lien avec la faute commise, afin de faire appel au sens des responsabilités de l’élève qui a enfreint une règle.
Un enseignant a-t-il le droit d’exclure temporairement un élève qui perturbe son cours ? Dans l’affirmative, et pour des questions de responsabilités, ce cas de figure doit être explicitement prévu par le règlement (où va l’élève, que fait-il ?).
Enfin, nous insistons sur la nécessité de fixer clairement les responsabilités de chacun (parents, école, commune, structure d’accueil). Il existe actuellement trop de zones grises dans ce domaine.
Rappelons que l’âge de discernement légal d’un enfant est de 13 ans. Il est donc de notre responsabilité d’adultes d’assurer la sécurité des enfants, pendant ses années de scolarité primaire surtout. Ce qui suppose une cohérence et un suivi dans la prise en charge des enfants quand ils sont sous notre responsabilité.
Un parent ne peut être responsable d’assurer la sécurité de son jeune enfant lorsqu’il quitte la classe pour se rendre chez la logopédiste scolaire dont le bureau se trouve de l’autre côté de la route, ou lorsque celui-ci attend plus ou moins longtemps le bus à la sortie de l’école.
Ainsi, par exemple, concernant les transports (doc 1, §9), les communes doivent se porter garantes de la sécurité des élèves au cours du transport, et l’école et les communes doivent se coordonner pour garantir la sécurité des enfants entre la fin de l’école et l’arrivée du bus.
Par ailleurs, la sécurité de l’enfant sur le chemin entre l’école et la maison est une responsabilité parentale, mais elle est partagée par la commune, puisque la commune est responsable de veiller à ce que l’aménagement du territoire soit adéquat pour les piétons. C’est de nouveau une question de cohérence ; on ne peut pas demander aux enfants d’être plus autonomes et plus mobiles sans mettre en place les conditions qui le permettent.
L’élève doit être au centre de nos préoccupations communes : il faut mettre en commun les expériences pour assurer un meilleur suivi des élèves en veillant notamment à avoir des entretiens individuels (parents-enseignant) au moins une fois par année, et à organiser des réunions de parents chaque année. D’autres pistes de collaboration entre l’école et la famille devraient être explorées, orientées notamment vers le partage d’activités communes (que pourrions-nous faire ensemble ?) Voir à ce sujet les travaux de la CIIP et du Gretel (ci-joints).
La question du dossier de l’élève, de son contenu et des conditions de consultation n’est qu’effleurée. Cela mériterait pourtant une mention explicite dans la loi. Existe-t-il un dossier ? A qui et à quoi doit-il servir ? Que contient-il ? Qui est garant du suivi de l’élève et de la gestion du dossier ?
Aucune instance de médiation entre l’école et la famille n’a été prévue dans cet avant-projet et nous le regrettons. Nous sommes convaincus que dans certaines circonstances, l’interaction avec un tiers (qui ne soit pas un représentant de l’école, contrairement au directeur) permet de désamorcer certains conflits, surtout quand ils sont très émotionnels, de créer de meilleures conditions pour s’écouter et de renouer le dialogue.
Rappelons enfin que la communication est le talon d’Achille de l’école aujourd’hui. L’information doit mieux circuler tant à l’interne (apparemment) que vis-à-vis des parents. Mais cela ne saurait suffire. Il nous semble que si l’école est régulièrement soumise aux feux de la critique, c’est parce qu’elle n’a pas pris la peine jusqu’ici de soigner sa communication à tous les niveaux, avec tous ses partenaires. Pour susciter l’adhésion, l’école doit se donner les moyens d’être comprise, jouer le jeu de la transparence, travailler de manière plus collective et s’adresser à ses partenaires dans le respect des responsabilités de chacun.
Même si cela ne représente aucune garantie en soi, l’augmentation du temps scolaire et le renforcement des disciplines de base répond à une demande forte de nombreux parents. En effet, ils voient aujourd’hui avec inquiétude se creuser l’écart entre les attentes du monde professionnel et du secondaire II et les résultats de leurs enfants à la sortie de la scolarité obligatoire, ayant pour conséquence la multiplication des tests d’entrée dans les professions (qui grèvent le porte-monnaie et contribuent à démotiver les jeunes).
La prise en compte des besoins des familles est manifeste dans ce projet. L’organisation de la journée de l’écolier proposée devrait permettre une harmonisation des horaires, au moins au niveau des matinées ; c’est un grand pas. Reste à mettre en place des dispositifs qui permettront de coordonner avec les communes, de façon rationnelle, l’école, la prise en charge parascolaire et les transports scolaires. Nous attendons de la part du canton des prises de position fermes à ce sujet.
Nous saisissons l’occasion pour rappeler qu’il est important que les enfants ne commencent pas l’école avant 8h, élément qui devrait figurer dans la loi. De même, des journées scolaires morcelées avec des longues plages libres au milieu (trous dans les horaires) sont à éviter à tout prix.
Nous estimons que la loi doit stipuler le rôle et le but des devoirs scolaires (consolidation des savoirs, apprentissage de l’autonomie, lien avec la famille, etc.).
Nous nous réjouissons de voir que l’école propose d’encadrer les enfants pour la réalisation de leurs devoirs, c’est un facteur d’égalité des chances. Relevons la nécessité de former adéquatement les enseignants qui s’y consacreraient (gestion mentale, stratégies d’apprentissage, suivi personnalisé, etc.). Les effectifs de ces groupes doivent être adaptés (une douzaine d’enfants maximum). Les devoirs encadrés doivent rester facultatifs, ne peuvent être assimilés à des mesure d’appui et doivent absolument être gratuits. La mise sur pied de cet encadrement supposera une organisation réfléchie et coordonnée avec les structures d’accueil parascolaire.
Le postulat selon lequel le temps scolaire doit évoluer en fonction de l’âge des enfants nous parait adéquat. Toutefois, les 30 périodes en 5ème et 6ème année risquent de compliquer considérablement l’organisation de la semaine de ces écoliers, puisque cela suppose deux après-midi de 3 périodes et deux après-midi de 2 périodes. Les parents ne souhaitent pas revenir à 28 périodes si cela suppose que l’allemand n’aie pas sa place à la grille horaire, mais 32 périodes d’école par semaine pour des enfants de 8 à 10 ans, c’est sans doute trop.
Concernant les activités hors établissement, nous vous renvoyons à la position votée par les délégués de notre association en assemblée générale cette année, position qui met en exergue la nécessité de fonder toutes ces activités sur un projet partagé.
Nous sommes convaincus que l’école doit reconnaître l’hétérogénéité des élèves, prendre en compte leurs besoins spécifiques et améliorer la différenciation dans les classes. Une scolarité en 11 ans qui donne à chaque élève le droit à un parcours scolaire complet est une avancée, elle favorisera l’intégration sociale des jeunes.
Par contre, la suppression du redoublement est un changement tellement drastique qu’il ne fait à priori pas encore l’unanimité auprès de nos membres, qui ne comprennent pas nécessairement pourquoi cette solution est écartée.
Pourtant, notre association est convaincue que des mesures de renforcement ponctuelles ou durables apportées en soutien direct à l’enfant en difficulté représentent une alternative idéale. De plus, c’est l’occasion de repenser le statut de l’erreur dans l’école, de développer le travail en réseau autour des élèves qui reproduisent cycliquement des conduites d’échec, l’occasion aussi de veiller à la valorisation des acquis et des compétences des élèves allophones, en renforçant notamment la place de la langue et de la culture d’origine dans leur cursus.
Mais ces mesures ne seront efficaces que si elles supposent aussi d’autres approches pédagogiques pour éviter de « faire toujours plus de la même chose » (approche pédagogique différenciée, co-enseignement, etc) et que les effectifs de classe sont raisonnables.
Or, a-t-on les compétences et les moyens d’une telle politique ? Les avis dubitatifs se font essentiellement entendre quant à la capacité de mise en œuvre de telles mesures. Gérer des classes très hétérogènes, travailler en réseau - en intégrant les parents, concevoir et organiser des mesures de soutien différenciées, être plus proactif dans la mise en œuvre de ces mesures,... autant d’éléments constitutifs d’un énorme changement de paradigme qui ne manquera pas de susciter des peurs et des résistances, chez les parents comme chez les enseignants.
Par ailleurs, les rites de passage permettent à l’enfant de se structurer et de trouver ses repères. Notre société aurait trop tendance à négliger ce besoin de ritualisation. Dans un cursus scolaire continu, il s’agira de trouver d’autres moyens de marquer certaines étapes qui montrent l’évolution de l’élève dans ce parcours.
L’apé s’est prononcée en faveur d’une intégration des différences dans l’école car, dans la mesure où les moyens nécessaires sont mis en œuvre, cela se fera au bénéfice de TOUS les élèves.
Par enfants ayant des besoins particuliers nous entendons les enfants présentant des troubles pathologiques divers ou des troubles du comportement, ainsi que ceux ayant été détectés par exemple à haut potentiel ou présentant des talents particuliers.
Pour l’intégration de ces enfants, la priorité doit être donnée à la mise en place de mesures de soutien pour les enseignants (intervision, supervision, co-enseignement, etc.). Les directeurs devront aussi être secondés. De plus, il faut qu’une personne de référence se porte garante de la continuité et de la cohérence du cursus scolaire de l’enfant ayant des besoins particuliers. Tout cela ne se fera pas sans une excellente formation...
Enfin, l’expérience de l’enseignement spécialisé le montre, la clé de voûte d’une intégration réussie est le partenariat avec les parents. Il est impératif de laisser aux parents le choix d’enclasser leur enfant en école ordinaire ou en école spécialisée.
Organiser le secondaire en classes hétérogènes réparties en niveaux pour des branches principales semble être, aujourd’hui, la solution la plus adéquate. Même si la mise en œuvre pose, elle aussi, quelques questions. Le choix des branches à mettre en niveaux nous paraît rationnel. Les niveaux doivent être suffisamment perméables, ce qui semble être le cas dans le projet actuel, grâce notamment aux mesures d’accompagnement sous forme d’appuis ponctuels.
Notons que puisque l’anglais ne sera sans doute pas enseigné en niveaux, nous insistons sur la nécessité de prévoir des classes à effectifs réduits ou du co-enseignement. De plus, nous avons été très sensibles aux arguments des spécialistes quant à la nécessaire mise en place d’une didactique intégrée pour l’enseignement de toutes les langues ; ce qui suppose certains moyens (formation, concertation).
Que les ECR soient envisagées comme outil de répartition dans les niveaux pose la double question du rôle et de la fiabilité de ces épreuves, surtout à la lumière de l’expérience actuelle. Nous comprenons le souci d’objectiver les décisions et d’apporter un regard croisé au moment de la mise en niveaux des élèves dans les différentes branches. Mais les résultats des ECR ne peuvent en aucun cas être ce critère, d’autant qu’une épreuve de 2 heures peut difficilement « objectiver » le travail de 6 mois. On ne peut pas utiliser le même outil pour mesurer l’efficacité du système et pour distinguer les élèves entre eux, au risque de le biaiser complètement.
Concernant les options, il nous paraît important de permettre à chaque élève de « donner une couleur » à son parcours scolaire en ayant à la grille horaire 3 périodes qu’il peut consacrer à un domaine qu’il aime. Si les options dites « de renforcement » visent effectivement à compléter les compétences des élèves dans les disciplines à niveaux, cela nous parait totalement inadéquat. « Faire plus de la même chose » dans une branche dans laquelle un élève a de la peine est contreproductif, recourrons plutôt aux mesures d’accompagnement. Outre les options spécifiques qui préparent au gymnase, les autres options doivent comporter les différentes disciplines du PER, y compris les arts ou les activités sportives. Et pourquoi pas en changer chaque année ?
La référence à un groupe classe et à un adulte de référence est très importante au moment de l’adolescence. L’organisation du secondaire en niveaux et la mise sur pied de « modules » suppose donc une excellente organisation. De deux choses l’une : soit celle-ci passe par des coordinateurs forts (responsables de modules), aux compétences claires. Sans remplacer le maître de classe, le responsable doit être, aux yeux des élèves, garant de la cohérence de leur cadre scolaire, ce qui suppose une position -hiérarchisée ?- solide qui leur permet de s’assurer que les enseignants tirent tous à la même corde. Soit l’organisation s’appuie sur un renforcement du rôle - et de la présence - du maître de classe, en tant que référent. Dans le système anglais, les maîtres de classes passent quotidiennement 20 minutes avec leur classe en début ou en fin de journée.
Nous estimons que le certificat doit être unique et accompagné d’un portfolio décrivant ses compétences dans les cours qu’il a suivi ainsi que ses résultats. Il s’agit de donner une vision constructive du parcours scolaire scolaire d’un élève, basée sur ses acquis et ses réussites, telle une grande carte panoramique.
L’existence d’une année de raccordement permet aux élèves dont la maturité se fait plus tardivement de rattraper un éventuel retard. L’accès à cette année doit, selon nous, se faire sans conditionnalité et sur la base d’un contrat avec le jeune.
Concernant l’organisation des établissements scolaires, il existe encore pas mal de flou. Il nous semble notamment important de :
Nous nous permettons d’insister sur le fait que le contrôle de l’obligation scolaire doit aussi inclure un pointage régulier des présences en classe, et une obligation réciproque (entre parents et enseignants) d’informer en cas d’absence, tout au long de la scolarité. Un parent dont l’enfant se rend à l’école par ses propres moyens doit pouvoir être averti dans les plus brefs délais si son enfant ne répond pas à l’appel et, pour des raisons évidentes de respect et d’organisation, l’enseignant doit être informé en cas d’absence d’un de ses élèves.
L’école doit s’auto-évaluer, améliorer le « rendre-compte » et être évaluée.
L’établissement de standards nationaux suppose bien sûr la mise en place d’indicateurs quantitatifs, domaine dans lequel le canton de Vaud a déjà acquis une certaine expérience. L’élaboration d’indicateurs qualitatifs nous parait fondamentale, car nous avons trop tendance à mesurer la performance d’un système scolaire à l’aune de résultats chiffrés. D’autres indicateurs doivent prendre en compte les critères de satisfaction des acteurs du système, il faut effectuer des suivis de cohorte, nommer les difficultés et les succès. Les résultats de ces évaluations doivent être rendus publics, dans un souci de transparence.
Nous nous félicitons de l’ouverture face à la recherche et saisissons l’occasion pour inviter le département à renforcer les liens avec la HEP, afin que les nouvelles orientations scolaires se traduisent dès que possible par une adaptation du cursus de formation des enseignants ainsi que dans les programmes de formation continue.
Pour le comité cantonal et la Task Force HarmoS de l’apé,
Barbara de Kerchove, présidente
Le 7 octobre 2009